L'ART OU L'OR DE GAGNER : SE FIXER LES BONS OBJECTIFS SELON LE MOMENT
Troisième article de la série CROIRE pour le lette O. Je présente une approche, une réflexion et quelques idées pour se fixer les bons objectifs pour améliorer l'exécution d'une performance de haut ni eau
L’Art ou l’Or de gagner : Pourquoi le sommet est optionnel, mais la préparation est sacrée
L’expression « l’art de gagner » est sur toutes les lèvres, particulièrement à l'approche des grandes compétitions. Une petite recherche google m'indique environ 25 000 de l'utilisation de l'expression pendant les jeux olympiques. Dans les médias, on l’utilise souvent pour décrire un exploit soudain. Pourtant, on confond fréquemment l’Or (le résultat) avec l’Art (la maîtrise). Mon approche se distingue par une relecture du O de ma méthode CROIRE : ce n’est pas seulement un objectif, c’est un symbole de transformation et de protection.
La symbolique du O : De l'infini au sacré
Le O est l’Anneau olympique, mais c’est aussi le Cerceau de protection de l’athlète. Symboliquement, le cercle représente le cycle du changement et aussi le symbole de l’infini. En performance, entrer dans ce cercle, c’est habiter un espace où le temps s’arrête pour laisser place à l’action pure. C’est l’essence même du mot Per-formance :
Per : Vers la perfection (cet idéal inatteignable).
Formance : Le processus, la forme que prend l’action pour tendre vers l'excellence.
La Science des objectifs : Les trois types d'objectifs
Mon bagage en psychologie industrielle m'amène aux travaux des experts de psychologie industrielle Locke et Latham : selon les méta-analyse sur le sujet un objectif doit être spécifique et ambitieux. En psychologie sportive, des auteurs comme Gio Valiante et plusieurs autres soulignent la distinction entre les objectifs d'ego (l'Or) et les objectifs de maîtrise (l'Art). Dans mon univers de psychologue du travail&sportif j'utilise le concept de Y horizontal (voir mes articles sur le sujet) ou encore abonnez-vous a mon infolettre pour recevoir l'outil IAM (indice d'approche mentale) qui évalue votre approche de la performance. Pour ne pas s'y perdre avec les objectifs, il faut naviguer sur trois niveaux :
- Objectif de Résultat (L'Or) : Gagner la médaille. C'est le sommet, mais nous n'en avons pas le contrôle total.
- Objectif de Performance (Le Score) : Battre son propre temps. C'est une mesure de progression personnelle.
- Objectif de Processus (L'Art) : La précision du geste ici et maintenant. C’est le seul niveau où notre contrôle est absolu.
L'âme de la joie et du plaisir est dans l'acte
Même Shakespeare l'avait compris lorsqu'il écrivait : « Ce qui est terminé est accompli ; l’âme de la joie et du plaisir réside dans l’acte. » Avant d'être sacré champion olympique, il faut se concentrer sur l'acte simple et pur de jouer, patiner, skier. Le but ultime n'est pas de franchir la ligne, mais d'être totalement immergé dans le moment présent.
Marc Gagnon : Le pouvoir de l'encadrement
Marc Gagnon n'est pas un simple entraîneur, il a été plusieurs fois champion du monde, 5 fois médaillés olympique et il est maintenant l'entraîneur de l'équipe de patinage de vitesse courte piste canadienne. Dans une entrevue percutante avec Alexandre Pratt (La Presse, 15 février 2026), Marc Gagnon explique la différence entre ses échecs passés (1994-1998) et son triomphe de 2002. La clé ? L'équipe d'encadrement. Cette structure a permis de transformer la pression en performance, s'assurant que l'athlète possède l'espace mental nécessaire pour se concentrer sur l'art plutôt que sur l'obsession de l'or.
William Dandjinou : Gérer l'ambition olympique
Il y a plusieurs athlète d'exceptiond dans l'équipe canadienne. À l'aube de ses deux finales du 18 février 2006, William Dandjinou affiche son ambition : il veut être champion olympique et visait 5 médailles à Milan. Cette ambition (le résultat) est son moteur, mais le jour J, elle doit s'effacer pour laisser place à la fluidité et se concentrer sur l'exécution.
L'intervention terrain : Un art de précision
Si pour un instant, je me retrouvais encore aux Jeux Olympiques et j'aurais la possibilité d'intervenir avec un athlète qui me connait bien, voici quelques idées qui me viennent en tête. Intervenir lors d'une finale olympique est une question de timing. Il faut observer les micro-signaux et attendre que « la porte s'ouvre ». Si j'intervenais auprès de William ce 18 février, je lui dirais :
« Rappelle-toi tes meilleures courses. Solide, puissant, rapide et déterminé. Ce soir on s’amuse. Le but est de faire ce que tu es capable. On entre dans le cerceau. Tu as fait cette course des milliers de fois. Tu as la force pour atteindre ton objectif. »
En disant « on s'amuse », je le ramène à son Pourquoi. La vraie récompense est l'activité elle-même (motivation intrinsèque). C'est un privilège de patiner aux Jeux et de simplement faire ce que l'on est capable de faire (confiance et auto-efficacité). Le rappel de ses meilleurs courses stimule les milliards de neurones qu'il aura besoin pour sa course. Pas besoin de parler de médailles pour gagner des médailles. C'est le grand paradoxe du sport.
L'un de mes clients s'appelait Alexandre Despatie. J'été chanceux car j'ai pu apprendre à le connaître et surtout travailler avec un groupe de plongeur et deux entraîneurs exceptionnels dont Michel Larouche et Ceasar Henderson. Un jour avant une compétiton Alexandre m'a dit: je veux gagner, mais je me concentre sur la manière d'exceller.
Conseils pour les gestionnaires et les parents
Que vous soyez au bureau ou dans les estrades, aidez votre équipe ou votre enfant à passer de l'Or à l'Art avec ces 3 piliers :
- Orientez l'intention : Ne demandez pas « Allez-vous gagner ? ». Demandez plutôt : « Comment veux-tu te sentir ? » et « Sur quoi vas-tu porter ton attention ? ».
- Validez l'historique de succès : Rappelez-lui ce qu’il a accompli à l’entraînement et les défis qu'il a déjà relevés. Dites-lui : « Rappelle-toi tes meilleurs moments. »
- Activez la présence dans le moment : Amuse-toi, profite du moment et fais ce que tu es capable de faire. Si l'objectif final est de gagner, rappelle-toi surtout de ce que tu dois faire concrètement. Maintiens ta concentration dans le moment présent.
Conclusion
J'ai rencontré un humain exceptionnel et alpiniste Ed Viesturs qui me disait lors d'une conférence à Banff en 1996 : « Le sommet est optionnel, l'essentiel est de revenir. » Le sommet est le résultat ; revenir est l'art de rester maître de soi. C'est cette perpective qui aide à la prise de décision lorsque les conditions ne permettent pas de se rendre au sommet. Alors, il faut recommencer, encore et encore.
La question que j'aimais poser a Despatie avant une compétiton était la suivante: es-tu capable de faire ce que tu es capable? C'est de cela qu'il est question, même aux Jeux olympiques. Faire ce que tu es capable! Si notre équipe de Hocley féminine ou masculine font ce qu'ils ou elles sont capables au jour J..on pourrait avoir deux médailles d'or.
Note:
Le Modèle CROIRE
Avec ce troisième article sur le O et les objectifs, nous posons le troisième volet de mon modèle d'intervention pour l'entraînement mental. Voici le parcours selon les lettres de l'acronyme :
Jour 1 : C – Concentration et Attention (Aujourd'hui)
Jour 2 : R – Régulation de l'énergie
Jour 3 : O – Objectifs
Jour 4 : I –
Jour 5 : R –
Jour 6 : E –
Prêt à maîtriser l'Art de Gagner ?
Dans mon atelier de 90 minutes « L’Art de Gagner », je vous enseignerai comment fixer les bons objectifs.
Bruno Ouellette
[email protected]
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